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Hayward ne cherchait plus a cacher son epuisement en arpentant le couloir du batiment le plus eloigne des laboratoires Longitude. Dalquist avait tenu parole en leur ouvrant les portes de ses locaux. Laboratoires, bureaux, archives, ils avaient meme eu le loisir de visiter les batisses en ruine disseminees sur le pourtour du site. Personne n’avait tente de les accompagner, aucun des agents de securite de l’entreprise n’etait venu les importuner, leur liberte d’action etait totale.

Et ils n’avaient rien trouve. A l’exception de quelques employes subalternes, il ne restait plus personne de l’ancienne epoque. Les deux policiers avaient fouille les dossiers de l’entreprise en remontant sur plusieurs decennies sans trouver la moindre allusion a un projet de recherche sur la grippe aviaire. Tout semblait en ordre.

Un peu trop, meme, ce qui rendait Hayward soupconneuse. Elle lanca un regard en coin a Pendergast dont le visage de marbre etait plus impassible que jamais.

Ils quitterent le batiment en empruntant une porte de secours donnant sur une volee de marches en mauvais etat au pied desquelles s’etalait une pelouse mangee par les mauvaises herbes. A droite s’etendaient les eaux boueuses d’un bayou peuple de cypres aux branches chargees de mousse espagnole. Plus loin, derriere des buissons touffus, se dessinaient les contours d’un mur de brique couvert de lierre au-dela duquel on apercevait un batiment incendie cerne par le Black Brake. Les restes d’une jetee s’enfoncaient dans les eaux noires.

Une pluie fine s’etait mise a tomber et de gros nuages pommeles circulaient au-dessus de leurs tetes.

— J’ai oublie mon parapluie, remarqua Hayward en observant le ciel bas.

Pendergast glissa la main dans la poche de son costume. Non ! Ne me dites pas qu’il a un parapluie dans sa poche ! pensa Hayward, habituee aux excentricites de l’inspecteur. Il la surprit en sortant une pochette contenant deux capes impermeables en plastique transparent. Il lui en tendit une et prit l’autre.

Quelques minutes plus tard, ils traversaient un champ detrempe en direction d’un ancien grillage surmonte de fil de fer barbele. Une barriere toute tordue gisait a terre et ils se faufilerent a travers l’ouverture. Le batiment incendie se trouvait a quelques dizaines de metres de la. Une batisse en brique jaune, semblable aux autres, dont le toit s’etait effondre en laissant derriere lui un squelette de poutres noircies pointees vers le ciel Fenetres et portes n’etaient plus que des trous beants aux entourages stries de noir. Un epais tapis de mousse espagnole avait grimpe le long des murs, profitant du moindre interstice pour conquerir de nouveaux territoires.

Hayward penetra dans le batiment a la suite de Pendergast. Ce dernier s’immobilisa sur le seuil afin d’examiner le chambranle et la porte, en miettes par terre, puis il s’agenouilla et tritura la serrure rouillee a l’aide de ses outils de cambrioleur.

— Etrange, dit-il en se relevant.

Le sol de la piece etait constelle de morceaux de bois calcines et le plafond s’etait partiellement effondre, laissant filtrer un peu de lumiere. Une famille d’hirondelles, derangee par l’irruption de ces visiteurs intempestifs, jaillit de l’obscurite et s’envola a tire-d’aile en poussant des cris. Une forte odeur d’humidite flottait dans l’air et de l’eau s’egouttait lentement des poutres noires, dessinant des flaques sur le carrelage devaste.

Pendergast chercha dans sa poche une torche dont il balaya le faisceau autour de lui. Hayward a ses cotes, il poursuivit son exploration a l’aide de la lampe dont la lumiere tracait autour d’eux des zigzags erratiques. Ils franchirent une voute en partie effondree, s’avancerent dans un couloir donnant sur des pieces incendiees. Le verre et l’aluminium des huisseries avaient fondu sous l’effet de la chaleur, se melangeant parfois au plastique du mobilier.

Pendergast s’arreta devant les restes d’un classeur metallique dans le dernier tiroir duquel il trouva une masse informe de documents a moitie brules et gorges d’humidite. Certains restaient en partie lisibles et il les passa en revue.

— Livraison effectuee a Candido G. lut-il a haute voix. De vieux bordereaux de livraison.

— Rien d’interessant ?

— J’en doute, repondit-il en feuilletant une liasse.

Par acquit de conscience, il preleva quelques fragments carbonises et les deposa dans un sachet hermetique qu’il escamota dans les replis de son costume noir.

Un peu plus loin les attendait une piece centrale ravagee par les flammes. Le plafond avait disparu et la mousse avait tout recouvert d’un linceul fantomatique en dessinant ici et la des reliefs etranges. Pendergast examina la piece, puis il s’approcha d’un monticule. Le temps d’arracher la vegetation et il mit au jour une vieille machine pleine de rouages et de fils electriques sur laquelle Hayward posa un regard perplexe. Il repeta l’experience a plusieurs reprises, decouvrant a chaque fois des appareils completement fondus.

— Vous avez idee de ce que c’etait ? l’interrogea Hayward.

— Vous avez la un autoclave servant a l’incubation d’echantillons, et la-bas ce qui ressemble a une centrifugeuse, annonca-t-il en eclairant une masse informe. Et nous avons ici une hotte a flux laminaire. Cet endroit etait autrefois un laboratoire de microbiologie parfaitement equipe.

Il repoussa du pied quelques debris, se pencha et ramassa un objet indefinissable qu’il glissa dans sa poche apres l’avoir brievement eclaire.

— Le rapport redige a la mort de Slade precise que son corps a ete retrouve dans un laboratoire, expliqua Hayward. Je ne serais pas surprise que ce soit ici.

— Oui, approuva Pendergast en agitant le pinceau de la torche sur une rangee de placards. Et c’est ici que le feu s’est declare, a l’endroit ou se trouvaient stockes les produits chimiques.

— Vous pensez a un incendie criminel ?

— Quel meilleur moyen d’eliminer des elements compromettants ?

— Comment pourrait-on en avoir la preuve ?

Pendergast pecha dans sa poche le petit objet ramasse quelques instants plus tot : un anneau en aluminium ayant echappe a l’incendie. Un numero s’y trouvait grave.

— Qu’est-ce que c’est ?

— La bague de patte d’un oiseau.

Il examina longuement l’objet avant de le tendre a la jeune femme.

— Et pas n’importe quelle bague de patte, ajouta-t-il en designant des restes de silicone a son extremite. Si vous regardez attentivement, on distingue encore l’endroit ou se trouvait la puce electronique d’un petit emetteur. Nous savons a present comment Helene a pu remettre la main sur ce perroquet. Je m’etais toujours demande comment elle s’y etait prise pour retrouver les Doane avant qu’ils ne tombent malades.

Hayward lui rendit la bague.

— Excusez-moi de vous poser a nouveau la question, mais qu’est-ce qui vous permet de croire qu’il s’agit d’un incendie volontaire ? Les rapports d’expertise precisent bien qu’ils n’ont trouve aucune trace de combustible.

— L’auteur de cet incendie etait un chimiste de premiere force qui savait ce qu’il faisait. J’ai du mal a croire a une simple coincidence, juste apres l’arret du projet.

— Dans ce cas, qui a mis le feu ?

— J’attire votre attention sur les mesures de securite qui regnaient ici : le grillage exterieur, les serrures antivol, les barreaux aux fenetres et les vitres en verre depoli, jusqu’a l’eloignement meme de ce batiment, protege par les marais. Il est clair que le feu a ete allume par un familier des lieux, ayant acces aux zones protegees.

— Slade ?

— Ce ne serait pas la premiere fois qu’un pyromane est victime de sa propre incurie.

— Ou bien alors il s’agit d’un meurtre deguise. Slade en savait peut-etre trop au gre de certains.

Pendergast posa son regard argente sur la jeune femme.

— Vous m’otez les mots de la bouche, capitaine.

Le silence reprit ses droits, trouble par le crepitement de la pluie qui s’abattait sur les ruines.

— On dirait que nous sommes dans une impasse, finit par dire Hayward.

Sans un mot, Pendergast tira de sa poche le sac en plastique contenant un morceau de papier calcine et le tendit a la jeune femme. Il s’agissait d’une commande de boites de Petri, accompagnee dans un coin de la mention manuscrite << sur ordre de CJS >> suivie de l’initiale J.

— CJS ? Il doit s’agir de Charles J. Slade.

— Exactement. Et cette annotation est specialement interessante.

Elle lui rendit le papier.

— Je ne vous suis pas.

— Cette ecriture est celle de June Brodie, ce que confirme l’initiale << J >>. June Brodie, l’assistante particuliere de Slade, qui s’est jetee du pont Archer une semaine apres la mort de son employeur. A ceci pres que cette annotation nous indique qu’elle ne s’est pas suicidee du tout.

— Comment diable pouvez-vous etre aussi affirmatif ?

— J’ai recupere l’autre jour, dans les bureaux de l’etat civil, une photocopie de la note retrouvee dans sa voiture.

Pendergast sortit le document de sa poche et le tendit a Hayward.

— Comparez l’ecriture de cette note a l’annotation retrouvee sur ce bon de commande et vous ne serez pas decue.

Hayward examina les deux documents en ecarquillant les yeux.

— Je ne comprends pas. L’ecriture est exactement la meme.

— C’est bien ce qui est etrange, mon cher capitaine, dit-il sur un ton enigmatique en escamotant les deux feuilles.

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